Serons-nous jugés pour nos pensées ?

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Question: Est-ce que nous sommes maîtres de nos pensées ? Dans le sens que des fois on a de très mauvaise pensés et on essaie de ne pas penser à cela, mais voilà que cette mauvaise pensée revient et que tout à coup on pense que c’est vrai. Tel est mon cas: j’ai une mauvaise pensée, alors que dans l’islam je sais que c’est « HARAM » (interdit) ce que je pense, mais ça ne veux pas partir de ma tête; en d’autres mots cette pensée me traumatise et je veux plus que tout que cela parte. Je me sens malheureux, parce que je sais que ce n’est point moi qui pense comme cela; c’est une inspiration de Chaytâne. (Satan).
Réponse: Il s’agit là d’une question très importante. En Islam, toute pensée, portant sur le mal ou sur le « Koufr« , qui traverse l’esprit est désignée par le terme « waswasah » . Le « waswasah » peut revêtir différentes formes, et c’est justement en fonction de ces formes que les savants musulmans en ont établi une classification. Ainsi, ils écrivent, qu’en premier lieu, une mauvaise pensée peut être de deux natures différentes:

Elle est, soit « iztirâriyah » (pensée involontaire, incontrôlée), soit « ikhtiyâriyah » (pensée volontaire, provoquée).

Le « waswasah iztirâriyah » (mauvaise pensée involontaire, incontrôlée) peut se présenter sous trois formes:

  • Si la pensée, qui porte sur un péché ou sur un élément contraire à la foi et à la conviction religieuse, apparaît de façon subite, et disparaît rapidement, elle est appelée « Hâdjis« .
  • Si le même type de pensée que décrit précédemment ne disparaît pas immédiatement et occupe l’esprit pendant quelques temps, jusqu’à provoquer une certaine contrariété, dans ce cas, elle est appelée « Khâtir » .
  • Et si cette pensée subsiste jusqu’à ce que l’on commence à imaginer sa concrétisation ou non, sans qu’aucune des deux alternatives ne soit privilégiée, cela est appelé « Hadissoun-Nafs » .

Ces trois formes de pensées ont toujours été pardonnées par Allah. L’homme n’aura donc pas à en répondre.

Le « waswasah ikhtiyâriyah » (mauvaise pensée volontaire) peut se présenter sous deux formes:

  • Si la pensée, qui porte sur un péché ou sur un élément contraire à la foi et à la conviction religieuse, est amenée volontairement à l’esprit, puis elle y conservée pour le plaisir et elle occupe l’esprit, à tel point que l’on commence à éprouver une envie assez appuyée de la concrétiser par les actes, on l’appelle « hamm » . Allah ne demandera pas non plus de comptes à la communauté du Prophète Mohammad (sallallahou alayhi wa sallam) pour ce type de pensée, tant qu’elle n’aura pas été concrétisée. Au contraire, si après avoir eu ce genre de pensée, on fait l’intention de la mettre en application, mais que par la suite on s’abstient de le faire, on sera rétribué pour cela.

 

  • Et si après avoir amené à l’esprit ce genre de pensée, non seulement on n’éprouve aucun sentiment de culpabilité, mais pire, on va jusqu’à prendre la décision ferme de commettre le péché, tant qu’aucun obstacle ou empêchement extérieur ne nous en détourne, dans ce cas, ceci est appelé « ‘azm » . D’après l’opinion de la majorité des savants musulmans, ce genre de pensée est retenu contre l’homme et il aura à en répondre devant Allah. (Selon l’opinion de certains savants, même ce genre de pensées est pardonné par Allah.) Cependant, il est certain que la gravité du péché, s’il est accompli, sera supérieure à celle de la pensée qui l’a précédée.

 

  • Il est important de noter que cette classification ne concerne que les pensées portant sur des actes liés aux membres externes, comme l’adultère, le vol etc… Dans ces cas, tant que la pensée n’atteint pas le stade du « azm » ou n’est pas concrétisée, il n’y aura pas de péchés. Si, au contraire, les pensées concernent des choses qui se limitent à l’esprit et au cœur (comme les croyances, ou les maladies spirituelles telles que la jalousie, la cupidité etc…) ou elles constituent une finalité en soi-même (dans le cas par exemple d’une personne qui fantasme sur une femme étrangère et dont l’intention est uniquement de fantasmer, sans aller jusqu’à l’acte charnel interdit), alors, le seul fait de garder ce genre de pensées de façon continuelle à l’esprit est interdit, et occasionne donc des péchés.

 

  • Pour en venir maintenant à votre cas personnel, je vous citerai le sens d’un Hadith qui est rapporté du Prophète (sallallahou alayhi wa sallam): Abou Houraïra (radhia Allahou anhou) rapporte qu’un nombre de personnes (parmi les Compagnons (radhia Allahou anhoum)) vinrent trouver le Prophète (sallallahou alayhi wa sallam) et lui demandèrent:

« Nous ressentons en nous (c’est à dire dans nos esprits et nos cœurs) des choses telles que nous considérons comme grave (le seul fait) de les mentionner (verbalement).

Il (le Prophète (sallallahou alayhi wa sallam) ) dit:

« Est-ce vraiment ce que vous ressentez ? (c’est à dire que lorsque vous êtes victimes de ce genre de mauvaises pensées, est-il vrai que votre première réaction est de les trouver déplaisantes et de considérer comme un mal le seul fait d’en parler ?) ».

Ils répondirent: « Oui! » . Le Prophète (sallallahou alayhi wa sallam) dit alors: « C’est là (un signe de) la foi explicite! » (Rapporté par l’Imâm Mouslim Rahimahou Allah)

Ce qu’il est important de noter de ce Hadith, c’est que le Prophète (sallallahou alayhi wa sallam) a considéré comme une marque de foi explicite le sentiment de malaise ressenti lors de la présence de « waswasah » (mauvaises pensées) à l’esprit. Il apparaît donc que dans votre cas, cela soit bien une marque de foi, car vous ne cessez d’être tourmenté par ce genre de pensées et que vous-même n’arrêtez pas de les considérer comme mauvaises.

Wa Allâhou A’lam !

Et Dieu est Plus Savant !