Les racines du mal…

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Chers frères et sœurs,

Le début de l’année islamique, c’est l’occasion idéal pour le musulman et la musulmane de faire le bilan spirituel de l’année qui s’est achevée et de prendre les bonnes résolutions pour celle qui commence.

Le musulman ne peut rester insensible face au défilement du temps, et ce, tout simplement parce que ce dernier « paramètre » constitue justement ce qu’il a de plus précieux pour mener à bien les multiples aspects de la mission qui lui a été assignée de la part de Son Créateur dans cette vie présente:

Avoir l’Imân, faire de bonnes œuvres, s’enjoindre mutuellement la vérité et l’endurance…

(Voir la Sourate « Al ‘Asr »- Le Temps)

C’est dans cette perspective de remise en question spirituelle que je tiens à vous proposer, dans les lignes qui suivent, une synthèse, élaborée à partir des écrits de Ibn Qayyim r.a., et qui porte sur les « racines du mal »: Il est évident que celui ou celle qui désire tendre efficacement et judicieusement vers l’Excellence (Ihsân) et vers le Bien (Al khaîr wal birr), se doit de nécessairement prendre le temps d’en savoir un peu plus au sujet des éléments qui peuvent constituer des obstacles dans sa quête, et qui sont ainsi susceptibles de le détourner de sa mission et le conduire à l’échec.

Selon Ibn Qayyim r.a., l’ensemble des péchés et des actes malsains peuvent être rattachés à trois facteurs:

– L’attachement du cœur à autre qu’Allah.

– Le manque de maîtrise de soi face à la colère.

– La domination de l’envie, du désir et des pulsions sexuelles.

Quand on considère les péchés dénoncés dans nos références premières, force est de constater que cette assertion de Ibn Qayyim r.a. est très pertinente. En effet:

– N’est-il pas juste que c’est l’attachement démesuré et excessif à sa propre personne et à son égo, à son honneur, à sa famille, ou encore aux biens matériels qui est à l’origine des actes et attitudes prohibés tels que l’orgueil, l’égoïsme, l’envie, la jalousie, la cupidité, le vol, le mensonge, la tromperie, les transactions usuraires, la corruption…?

– N’est-ce pas l’incapacité à dominer sa colère qui a pour conséquence de pousser l’individu à commettre des injustices et à porter atteinte physiquement à autrui ?

– N’est-il pas vrai que c’est le manque de maîtrise de soi face à l’envie et aux pulsions sexuelles qui conduit inévitablement aux actes de perversion tels que la fornication, l’adultère, le viol etc…?

Ibn Qayyim r.a. souligne qu’il y a un verset du Qour’aane dans lequel les expressions les plus viles de ces trois racines du mal sont réunies… En effet, Allah, lorsqu’il énonce les attributs des serviteurs de Dieu, mentionne notamment qu’ils sont ceux:

«  (…) qui n’invoquent pas d’autre dieu avec Allah et ne tuent pas la vie qu’Allah a rendue sacrée, sauf à bon droit; qui ne commettent pas de fornication – car quiconque fait cela encourra une punition(…)« 

(Sourate 25 / Verset 63)

Les serviteurs du Tout Miséricordieux se protègent ainsi du Chirk (qui n’est rien d’autre que la forme extrême de l’attachement à autre qu’Allah), ne tuent pas (le meurtre est bien la pire conséquence de la colère) et ne forniquent pas (le Zinâ est la concrétisation ultime à laquelle parvient l’être humain qui s’attache à satisfaire aveuglément ses désirs illicites)

On peut également remarquer que les premiers actes de désobéissance commis dans les cieux et sur la terre étaient également liés de façon directe aux racines du mal:

– Ibliss, plutôt que de rester lié à Allah, et témoigner ainsi une soumission et une obéissance inconditionnelles face à Lui, a préféré s’attacher à ce que lui ont dicté sa rhétorique fallacieuse et son orgueil.

– Le premier meurtre sur terre a, pour sa part, résulté de la domination d’un désir illicite et d’un accès de colère non maîtrisé (voir le récit des deux fils d’Adam (alayhis salâm))

C’est en considérant cela qu’on se rend compte combien il est essentiel pour le musulman qui désire poursuivre sainement et sereinement son cheminement sur la Voie Droite (celle agrée par Allah) de s’efforcer à lutter contre ces trois racines du mal.

Pour cela, la priorité consiste à assainir, à développer, à entretenir et à consolider le lien avec le Créateur: Autant son cœur sera imprégné du Tawhîd et de l’attachement exclusif avec Allah, autant il lui sera aisé de dominer sa colère et ses envies.

C’est ce qui ressort clairement de l’ordre suivant lequel l’allusion à ces trois éléments est faite dans le verset suivant:

« Tout ce qui vous a été donné [comme bien] n’est que jouissance de la vie présente; mais ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus durable pour ceux qui ont cru et qui placent leur confiance en leur Seigneur, qui évitent [de commettre] des péchés les plus graves ainsi que les turpitudes, et qui pardonnent après s’être mis en colère (…) »

(Sourate 42 / Versets 36 et 37)

Allah annonce d’abord que ce qui est auprès de Lui est meilleur et plus durable pour ceux qui ont la foi et s’attachent de façon exclusive à Lui (c’est là le fondement et la base même pour le musulman; c’est ce qui lui permettra de développer les autres qualités dont il a besoin…). Ce n’est que par la suite qu’Il rappelle les principales qualités de ces derniers: Ils évitent les péchés les plus graves et les turpitudes (en ne se laissant pas dominer par leurs envies) et pardonnent après s’être mis en colère (et apprennent donc à maîtriser cette force destructrice).

Qu’Allah nous accorde à tous l’opportunité de nous attacher au Tawhîd, à la chasteté et à l’équité. Âmine

Wa Allâhou A’lam !