Le statut du musulman et son message…

image_pdfimage_print

Traduction d’un sermon du vendredi prononcé par Sheikh Aboul Hassan Ali Nadwi r.a. le 3 juin 1977 dans la salle de l’assemblée des Nations Unies où les employés des pays arabes et musulmans se rassemblent pour accomplir la Salatoul Djoum’ah (Prière du vendredi). Un très grand nombre d’arabes étaient présents à cette salah, parmi lesquels des responsables de la « Rabitat-ul-Aalamil Islami » et des Nations Unies.
Après le « Khoutba-é-Masnounah » (sermon initial), le Cheikh débuta son discours en ces termes:

« Le Qour’aan dit:

« Ne perdez pas courage, ne vous attristez pas, vous aurez le dessus si vous êtes de vrais croyants. »

(Sourate 3/ Verset 139)

Ce verset a été révélé à une époque où l’Islam en était à ses débuts et où l’État islamique n’avait pas été fondé. La lumière de la Foi n’avait pas encore jailli, jusqu’alors, en dehors de la Péninsule d’Arabie et les arabes menaient une vie très pauvre et indigente. En général, ils ne mangeaient que des dattes, de la viande de chameau et du pain d’orge. Leurs vêtements étaient grossiers et rugueux et ils vivaient, soit sous des tentes, soit dans des maisons faites de boue. L’état de misère et de dénuement dans lequel ils vivaient a été décrit en ces termes par le Qour’aan, ce qui constitue le meilleur et le plus indiscutable des témoignages :

« Et souvenez-vous du temps où vous étiez peu nombreux et si faibles dans le pays que vous viviez dans la crainte qu’on ne vous en chasse ».

(Sourate 8 / Verset 26)

Telle était donc la condition de vie des arabes. Au contraire, les Byzantins et les Perses exerçaient leur domination sur le monde. Ils avaient développé une magnifique civilisation et ils régnaient sur une grande partie de l’humanité. Les deux puissances d’alors avaient partagé les parties Orientale et Occidentale du monde civilisé entre elles: les Perses régnaient sur la partie Orientale tandis que la partie Occidentale se trouvait sous la domination Byzantine. Ils étaient plongés dans l’opulence et considéraient que toutes les bonnes choses de la vie leur revenaient de droit.

C’est dans ces circonstances que le Qour’aan défia les nations assoiffées de pouvoir qu’étaient Byzance et la Perse, et inspira l’esprit de dignité et de confiance en soi chez les musulmans arabes d’alors, qui étaient en position d’infériorité sur le plan militaire et dans le dénuement matériel.

Il dit :

« Ne perdez pas courage, ne vous attristez pas, vous aurez le dessus si vous êtes de vrais croyants ».

(Sourate 3 / Verset 139)

Le Qour’aan défia donc en quelque sorte les Qouraish de la Mecque, les Byzantins et les Perses… Par la suite, pour réconforter le Chef et Guide de la poignée de musulmans d’alors, le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam), la Sourat Youssouf fut révélée, où Allah proclame:

« Pour ceux qui s’interrogent, il y a des signes (de la souveraineté d’Allah) dans l’histoire de la vie de Youssouf -Joseph- (a) et de ses frères ». (Sourate 12/ Verset 7)

Cette même Sourate se termine ainsi:

« Quand les Prophètes faillirent perdre espoir en pensant qu’on les traitait de menteurs, voilà que vint à eux Notre secours et furent sauvés ceux que Nous voulûmes ; mais Notre rigueur ne saurait être détourné des gens criminels. Dans leurs récits, il y a certes une leçon pour les gens doués d’intelligence. Ce n’est point là un conte imaginé, mais c’est la confirmation de ce qui existait avant ceci, un exposé détaillé de toute chose ; une Direction et une Miséricorde pour un peuple qui croit. »

(Sourate 12/ Versets 110 et 111)

De même, les versets de la Sourate « al-Qasas » résonnèrent aux oreilles des hommes dans des conditions similaires: Le Seigneur révéla cette Sourate alors que régnait une atmosphère d’oppression et de crainte…

« Tâ Sîn Mîm. Voici les versets du Livre explicite. Nous te racontons en toute vérité, à l’intention d’un peuple qui croit, l’histoire de Moïse et de Pharaon. Pharaon était hautain sur terre. Il répartit en clans ses habitants afin d’abuser de la faiblesse de l’un d’eux : il égorgeait leurs fils et laissait vivantes leurs filles. Il était vraiment parmi les fauteurs de désordre. Mais nous voulions favoriser ceux qui avaient été humiliés sur terre et faire des dirigeants et en faire les héritiers et les établir puissamment sur terre et montrer ainsi à Pharaon, à Haman et à leurs armées ce dont ils redoutaient.  » (Sourate 28/ Versets 1 à 6)

Qui aurait pu rêver des biens matériels dans ces conditions redoutables ? Qui aurait pu penser que ces pauvres musulmans, opprimés, brimés, sans pouvoir, réduits en esclavage, allaient un jour briller au firmament de l’histoire ? Aucune personne sensée, un tant soit peu intelligente et apte à prévoir l’avenir, n’aurait pu dire à cette poignée d’hommes :

« Ne perdez pas courage, ne vous attristez pas, vous aurez le dessus si vous êtes de vrais croyants. »

(Sourate 3/ Verset 129)

Mais cette annonce avait rempli le cœur des musulmans de tant de courage et d’enthousiasme que les puissants Byzantins et Perses leur apparurent alors comme des poupées sans vie.

Le Qour’aan relate:

« Et quand tu les vois, leurs corps t’ émerveillent; et s’ ils parlent tu écoutes leur parole. Ils sont comme des bûches appuyées (contre des murs). »

(Sourate 63/ Verset 4)

Quand ces pauvres arabes sortirent de leur pays désert, avec pour seule fortune celle de leur Foi, ils ne firent aucun cas de la force et de l’étendue de l’Empire Byzantin ou de l’Empire Perse: Ils y entrèrent telle une irrésistible vague.

Vu sous l’angle de la loi de « cause à effet », les arabes, ou plutôt la totalité de l’humanité, étaient pris entre les deux mâchoires d’un lion. Quand les arabes se lancèrent à l’assaut donc, ils étaient en quelque sorte une nouvelle puissance… « surnaturelle« …

Ils étaient maintenant un peuple unique, animé d’une passion singulière. Ils étaient naturellement faibles et pauvres. Aucun endroit de la terre n’était sous leur domination. Mais quand ils sortirent d’Arabie, enivrés par le vin du Monothéisme, ils commencèrent à comprendre la différence entre l’Homme et l’homme, entre la Foi et l’Infidélité, entre la forme et la réalité ; le contraste entre la « Fontaine d’Immortalité » et le mirage du désert devint clair à leurs yeux… Allah les avait dotés de la lumière de la Foi et, en un clin d’œil, ils acquirent une totale compréhension mentale et spirituelle de la nature et de la signification de la destinée de l’homme: Manger, boire, être heureux…, n’étaient pas le but suprême et le seul dessein de la création.

Quand les musulmans eurent compris cette vérité fondamentale, et lorsque la réalité du monde et ce qui se cache derrière les apparences devinrent clairs pour eux, les fausses manifestations du pouvoir temporel et de la gloire cessèrent alors de les impressionner : l’âne vêtu d’une peau de tigre n’était plus à leurs yeux que ce qu’il était vraiment… un âne ! César et Chosroês n’étaient plus pour eux maintenant que des oiseaux dans une cage : la cage était merveilleuse, certes, faite d’or ; mais après tout, une cage n’était qu’une cage, même si elle était ornée de diamants et assez vaste pour contenir des vergers ou des étangs. Les Arabes voyaient ceux qui portaient des couronnes ou des titres aussi ronflants que « généraux », « ministres », « princes » etc. comme s’ils étaient dépouillés de tout cela et ils refusaient d’être impressionnés par eux.

Ils savaient que leurs cœurs étaient gelés, que leurs âmes étaient mortes et que leurs esprits étaient devenus stériles, qu’ils essayaient de cacher leur faiblesse intérieure par une ostentation vulgaire et une cour de serviles flatteurs. Les arabes comprirent que ces hommes n’étaient que des figurines, dépourvus de force et de volonté, qui ne peuvent marcher ni ne peuvent manger seuls et qu’ils n’avaient aucun but ultime. Toutes leurs activités tendaient à l’apaisement de leurs désirs : Ces hommes n’avaient d’autre but ni d’autre idéal dans la vie. Dans leurs calculs, il n’y avait nulle place pour la sympathie humaine. Ces hommes ne souhaitaient que satisfaire leurs envies et leurs ambitions. Ils portaient des couronnes sur leurs têtes, mais leurs têtes étaient vides. Ils portaient de coûteux vêtements, mais leurs corps étaient sans forces.

Quand les arabes décidèrent de sauver le monde de la sauvagerie dans laquelle il vivait depuis des siècles, cette réalité que je viens de décrire les habitait. Quand ils se mirent en route pour délivrer les hommes de l’adoration des hommes afin de les conduire vers l’adoration d’un seul Dieu, pour les libérer de leurs croyances fausses afin de les conduire vers l’Islam, les splendeurs sans âme leur parurent sans la moindre valeur et les puissants empires n’étaient pour eux que des maisons de poupées. Abaisser les étendards des Byzantins et des Perses ne fut pour eux qu’un jeu d’enfant.

Le Qour’aan a donné aux arabes illettrés et « arriérés » de l’ardeur et de la force. Il a rempli leurs cœurs froids et vides avec de la fierté, de la confiance en soi et de la magnanimité. Ils partirent armés et enrichis par des vérités et ils dominèrent le monde non pas pour devenir maîtres, ni pour l’opprimer comme les autres peuples l’ont fait, mais ils étaient partis pour amener l’humanité vers l’Islam, vers Un Seul Dieu et l’amener sous l’ombre d’une justice et d’une équité islamiques.

Messieurs, nous sommes aujourd’hui réunis dans le quartier général des Nations Unies. Comme nous sommes aujourd’hui les représentants de nombreux états et gouvernements, nous jouissons, en apparence, davantage de dignité que ces premiers Arabes. Nous méritons donc mieux que s’adresse à nous la voix puissante qui leur avait dit :

« Ne perdez pas courage, ne vous attristez pas, vous aurez le dessus si vous êtes de vrais croyants ».

(Sourate 3 / Verset 139)

Quand ce verset fut révélé, il n’y avait de gouvernement arabe nulle part. Il n’y avait même pas de gouvernement dans la péninsule d’Arabie. Mais Allah les a jugés dignes de leur adresser ces mots étonnants, ne méritons-nous pas, nous, aujourd’hui, de recevoir ces paroles, alors que nous représentons quarante états et qu’un grand nombre de nos drapeaux flottent sur l’immeuble des Nations Unies ? Bien que nous ne possédions pas l’arme nucléaire et que nous soyons en retard en ce qui concerne les connaissances scientifiques et l’éducation moderne, que nous n’arrivions pas au niveau des nations occidentales à cause de notre apathie, des discordes internes, que nous ne sachions pas toujours apprécier les vraies paroles de l’enseignement islamique, nous sommes assurément dans une meilleure position que les arabes des premières décennies de l’Islam qui, eux, n’avaient même pas un état ou un gouvernement à eux. Ne méritons-nous donc pas d’entendre ces mots :

« Ne perdez pas courage, ne vous attristez pas, vous aurez le dessus si vous êtes de vrais croyants ».

(Sourate 3 / Verset 139)

Cette conviction est le prix réel d’un vrai Croyant. C’est la pile sans laquelle une lampe ne sert à rien. Cette conviction est le poids qui fait pencher la balance. C’est ce même poids qui fut placé dans la balance par le Prophète (sallallâhou alayhi wa sallam), sous la forme de ces mots mémorables lors de la bataille de Badr :

« O Allah ! Si cette poignée d’hommes est tuée aujourd’hui, Tu ne seras plus adoré sur cette terre jusqu’à la fin des temps. »

Le Saint Prophète (sallallâhou alayhi wa sallam) avait compris que c’était le temps du repentir et de la supplication. Allah lui avait donné la sagesse et la compréhension, le discernement et un bon jugement. Il n’y avait pas d’avenir pour l’Islam et les musulmans si le sort de la Bataille de Badr n’était que déterminé par le nombre et la force. Les musulmans auraient disparu de la surface de la terre : ils n’étaient que 313 contre 1000 hommes très bien équipés dans l’armée qui leur était opposée. Comment la petite troupe de Musulmans pouvait-elle venir à bout d’une telle horde de païens ? A ce moment critique, le Prophète (sallallâhou alayhi wa sallam) se tourna vers Allah, avec le plus grand repentir et lui dit ces mots historiques dans sa prière :

« O Allah ! Si cette poignée d’hommes est tuée aujourd’hui, Tu ne seras plus adoré sur cette terre jusqu’à la fin des temps ».

Telle est aujourd’hui notre situation. Les nations islamiques représentent un poids dans le monde et même aux Nations Unies. Si les peuples que nous avons l’honneur de représenter aujourd’hui, avaient une foi vivante, pénétrant chacun de leurs nerfs, chacune de leurs fibres, les musulmans auraient encore aujourd’hui une place honorable dans le monde et une position de force très importante.

Mes Frères ! Ne comptons pas sur les autres pour nous aider. Évitons de dépendre des autres. La force empruntée est éphémère. Elle ne dure pas. Numériquement, nous sommes forts dans le compte de la population du monde, mais ne laissons pas notre poids diminuer dans la balance d’Allah. Nous pouvons peser bon poids vis-à-vis d’Allah seulement si nous sommes des croyants fidèles, si la marque de la Foi est présente en nos cœurs, si nous ne sommes pas seulement les dépositaires de la Foi mais que nous en sommes fiers, même aux Nations Unies, la citadelle du pouvoir occidental, si nous pouvons proclamer, comme on le ferait à coups de trompettes, que nous sommes musulmans, fiers de l’Islam, que nous sommes un peuple impérissable et les gardiens du Message Divin. Nous ne sommes pas des parasites ou des inutiles, mais nous avons notre propre culture et civilisation. Le Seigneur nous a donné sa plus grande bénédiction qui est l’Islam.

Allah nous aidera et nous protègera si nous sommes fiers de l’Islam, si l’Islam est notre et que nous appartenons à l’Islam. C’est la promesse du Tout-Puissant et Allah ne rompt jamais Ses promesses.

Le Qour’aan dit :

« Si vous aidez la cause d’Allah, Il vous aidera et assurera vos pieds fermement »

(Sourate 47 / Verset 7)

Mais si nous ne restons musulmans que de nom et que la réalité de l’Islam n’est pas présente en nous, nous ne pouvons espérer aucune aide du Seigneur puisque c’est la Foi seule qui compte et constitue le poids qui importe.

Puisse Allah nous accorder l’opportunité de faire revivre les valeurs Islamiques dans notre esprit et de les chérir ; de nous incliner seulement devant Lui, de ne craindre personne d’autre que Lui, d’être loyaux envers Lui et fiers de Son Message ! Nous Le prions du fond de notre cœur de nous accorder cette fortune. Lui, assurément, est capable de toute chose.

Âmine

 

Wa Allâhou A’lam !

(Et Dieu est Plus Savant !)