Le simple fait pour un homme de toucher sa femme annule-t-il les ablutions ?

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Question : Le simple contact physique entre personnes de sexe opposé a-t-il une incidence sur la validité des ablutions ?

Réponse :

  • Selon l’avis des hanafites, le seul fait pour un homme de toucher une femme (et inversement) n’a pas d’effet sur la validité des ablutions. (Il convient de rappeler que les oulémas sont pratiquement unanimes pour considérer qu’il n’est pas permis à homme de toucher une femme étrangère (sauf en cas de nécessité reconnue comme telle à la lumière des références musulmanes). De même, une femme n’a pas le droit de toucher un homme étranger (sauf en cas de nécessité)…)
  • Selon le rapport le plus correct chez les châféïtes (suivant ce qu’affirme An Nawawi (rahimahoullâh)), le contact direct (bilâ hâïl)entre la peau (ne sont donc pas concernés par cette règle les éléments tels que les cheveux ou les ongles) d’un homme et celle d’une jeune fille (qui a atteint un stade de maturité tel qu’elle devient désirable) ou d’une femme étrangère (non mahram, avec qui le mariage est possible ou envisageable) a pour effet d’annuler les ablutions, aussi bien celles de la personne qui touche que celle qui est touchée, et ce, que ce contact se fasse avec désir ou non, volontairement ou non.
  • Selon l’avis des mâlékites, le contact (direct ou au travers d’un mince voile) entre un homme et une femme qui ne sont pas mahrams (c’est-à-dire qui ne sont pas des parents si proches que le mariage entre eux est interdit pour toujours) n’annule le woudhoûque s’il est accompagné de désir ou s’il a pour but la prise de plaisir. D’après Ibn Rouchd (rahimahoullâh), la seule exception à cette règle concerne le baiser, qui lui rompt systématiquement les ablutions, qu’il soit accompagné ou non de désir.Il est à noter que, selon les mâlékites, cette règle ne s’appliquerait qu’en cas de contact entre, d’un côté, quelqu’un ayant atteint l’âge de la puberté et, de l’autre, une personne étant parvenu à un stade de maturité tel que celui qui la touche éprouve du plaisir d’elle.
  • Pour ce qui est hambalites, il y a trois opinions différentes qui sont rapportées d’eux sur cette question : Chacune d’entre elle va dans le sens de l’un des avis déjà cité(pour les hanafites, châféites et mâlékites). La plus connue cependant est celle qui est proche de l’avis des mâlékites.

(Synthèse rédigée essentiellement à partir des références suivantes : « Al Madjmou' », « Bidâyat oul Moudjtahid », « Dars Tirmidhi », « Al Fiqh oul Islâmiy » et « Al Moufassal fî Ahkâmil Mar’ah »)

Cette divergence résulte essentiellement de deux choses :

  • D’abord, de la différence d’interprétation au sujet de l’expression « lâmastoumoun nisâ » (traduite souvent par « (si) vous avez « touché » à des femme ») présente dans le verset 43 de la sourate 4 et qui est citée comme étant un facteur d’annulation de l’état de pureté rituelle, car nécessitant le tayammoum (ablutions sèches) en cas d’absence d’eau. Selon les châféites, les mâlékites et les hambalites, celle-ci désigne n’importe quel type de contact physique entre un homme et une femme (suivant les conditions énoncées précédemment pour chacune des écoles). Selon les hanafites, cette expression désigne les rapports intimes.
  • Ensuite, des désaccords opposent les savants au sujet de l’authenticité des Traditions sur lesquelles s’appuient les hanafites (ainsi que les mâlékites et les hambalites, en les interprétant cependant d’une telle façon qu’elles ne contredisent pas –mais limitent- le sens qu’ils donnent à l’expression coranique sus-citée – »lâmastoumoun nisâ ») pour affirmer que le contact physique n’annule pas les ablutions, comme par exemple le Hadith suivant :

Aïcha (radhia Allâhou anha) rapporte que

ان النبي  صلى الله عليه وسلم  كان   يقبل بعض  نسائه ثم يصلي ولا يتوضأ

مسند البزار صححه ظفر العثماني في إعلاء السنن

« Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) embrassait certaines de ses épouses, puis priait et ne faisait pas le woudhoû. »

(Rapporté par Bazzâr (rahimahoullâh) dans son « Mousnad » – Authentifié par Dhafar Al Outhmâni dans « I’lâ ous Sounan »- Volume 1 / Page 109 – Validé également par Az Zaïlaï dans son « Nasb oul Râ’ya »; d’autres Hadiths aux termes assez proches sont rapportés avec différentes chaînes de transmission de Aïcha (radhia Allâhou anha) (notamment dans les Sounan Ibn Mâdja et Tirmidhi). Même si ces narrations ont fait l’objet de critiques de la part de certains savants, d’autres experts se sont cependant attachés à démontrer que ces critiques n’étaient pas fondées et que le sens de ces Hadiths était parfaitement valide. Voir à ce sujet l’analyse de Az Zaïlaï (rahimahoullâh) dans « Nasb oul Râ’ya » (avec le rapport d’authentification de Ibn Abdil Barr (rahimahoullâh) du Hadith de Aïcha (radhia Allâhou anha) et celle de Dhafar Al Outhmâni dans « I’lâous Sounan » – Volume 1 / Pages 109 à 117), ainsi que les écrits de Moufti Taqui Outhmâni dans « Dars Tirmidhi » – Volume 1 / Pages 309 à 316)

Il est à noter qu’il existe une indication que la position de l’Imâm Ach Châféi (rahimahoullâh) sur cette question n’était finalement pas tranchée et définitive… En effet, Ibn Abdil Barr (rahimahoullâh) rapporte de lui qu’il aurait dit « Si le Hadith de Ma’bad Ibn Noubâtah (une des Traditions sur laquelle s’appuient les hanafites) concernant le baiser (et sa non affectation sur la validité du woudhoû) est établi, dans ce cas je ne considère pas que les ablutions (soient prescrites) ni à la suite du baiser, ni après un simple contact (lams). »(Réf : « Bidâyat oul Moudjtahid » – Volume 1 / Page 29)

Des propos allant dans le même sens sont également rapportés par Ibn Hadjar (rahimahoullâh) d’Ach Châféï (rahimahoullâh) toujours, dans son « Tarkhîs oul Habîr » – Réf : « Ma’ârif ous Sounan » – Volume 1 / Page 304 et« Nayl oul Awtâr » – Volume 1 / Page 246

Wa Allâhou A’lam !