L’autorité suprême en terre musulmane est-elle réservé aux Qoureïshites ?

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Question : J’ai entendu dire que, selon le droit musulman, un pays musulman ne peut être dirigé que par une personne faisant partie de la tribu arabe des « Qouraïches ». Est-ce vrai ?

Réponse : L’appartenance aux Qouraïches est en effet l’une des conditions reconnues de façon pratiquement unanime par les sounnites pour l’accession au Califat (l’Imâm Nawawi (rahimahou Allah) défend avec force qu’il y a « Idjma' » (consensus) des sounnites sur ce point (Charh Mouslim). Mais cette affirmation de « Idjma' » demande à être interprétée, comme le relève Ibné Hadjar (rahimahou Allah). (Fath oul Bâri – Volume 13 / Page 119), en raison d’un Hadith du Mousad Ahmad qui évoque que Oumar (radhia Allâhou anhou) avait dit en ce sens durant son califat que « si jamais son heure arrivait et que Abou Oubeïdah (radhia Allâhou anhou) était encore en vie, il l’aurait désigné comme Calife. Et si jamais Abou Oubeïdah (radhia Allâhou anhou) n’était plus, alors il désignerait Moua’dh Ibné Djabal (radhia Allâhou anhou) au poste de Calife. » Et il est connu que Mouâdh (radhia Allâhou anhou) faisait partie des « Ansars » (gens de Médine) et n’avait aucun lien de parenté avec les « Qouraïches »…).

La question qui se pose est donc de savoir si cette condition ne se pose pas en contradiction avec le principe d’égalité établi en Islam entre tous les individus, égalité qui est exprimée clairement aussi bien dans le Qour’âne que la Sounnah…
A ce sujet, certains savants répondent que l’égalité voulue et défendue en Islam porte sur les droits individuels et les obligations de chacun. Pour l’autorité suprême (l’Imâmat oul Koubrâ ), ce qui est pris en considération est la sauvegarde de l’intérêt général: Ainsi, comme l’autorité des Qouraïch était, depuis toujours (même durant la période anté-islamique), relativement reconnue par la majorité des arabes, il convenait donc de leur réserver le poste de l’autorité suprême après l’Islam également, leur puissance tribale étant alors très forte. Ce qui ressort des écrits de Ibné Khaldoûn (rahimahou Allah), c’est que la sagesse de cette condition tient dans le fait que l’assise de l’autorité consiste en la capacité de celui qui dirige d’unir autour de lui une force influente à laquelle il puisse faire appel afin de faire régner l’ordre et de faire taire les divisions et les scissions: Et parmi les tribus arabes, celle qui se distinguait sur ce point était les Qouraïches.

Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) les a donc désigné comme étant ceux à qui le pouvoir devait revenir. Cela, bien entendu, s’il y avait parmi eux quelqu’un qui présentait les autres conditions et qualités requises pour accéder à l’autorité suprême. En effet, s’il n’y a personne parmi les Qouraïches qui soit digne de devenir l’Imâm des musulmans, dans ce cas, les juristes sont d’accord pour considérer que quelqu’un d’une autre tribu sera désignée.
Si on valide cette approche, cela signifie que s’il arrive une époque où les Qouraïches ne détiennent plus cette autorité, ni ce soutient populaire, dans ce cas, comme le relève Cheikh Wahbah Az Zouheïli, rien n’empêche de reconnaître l’autorité de celui que la majorité des musulmans aura choisi pour l’investir du pouvoir et qui aura à ses côtés les forces suffisantes pour sauvegarder l’ordre public et réaliser l’union de la communauté, ce qui s’est d’ailleurs produit à travers l’histoire. (Réf: « Al Fiqh Oul Islâmiy » – Volume 6 / Pages 697 et 698 – « Takmilah Fath oul Moulhim » – Volume 3 / Pages 279 et suivantes.)

Wa Allâhou A’lam !

Dieu est Plus Savant !