Est-il obligatoire pour un musulman résidant en terre non musulmane d’émigrer ?

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Il est rapporté que le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) a dit:

« Allah n’accepte pas un acte d’un polythéiste qui s’est converti à l’islam, que lorsqu’il se sépare des polythéistes pour rejoindre les musulmans ».

(Réf: Nasaï (1/358) et Ahmad (5/5), authentifié par Hâkim et confirmé par Dhahabî. Considéré comme « Hassan » (fiable) par Cheikh Albâni r.a. – Voir « Silsilat oul Ahâdith As Sahihah » – Volume 1 / Page 712)

Jarîr (radhia Allâhou anhou) rapporte qu’il est venu au Prophète (sallallâhou alayhi wa sallam) alors qu’on lui faisait la « Bay’ah » (serment d’allégeance), et lui a dit :

« Ô Messager d’Allah ! Donne ta main pour que je te fasse la bay’ah, et pose-moi des condition. Car tu sais mieux. »

Alors le Prophète (sallallâhou alayhi wa sallam) a dit :

« Je te fais la bay’ah sur la condition que tu adore Allah, que tu accomplisse la prière, que tu acquitte la zakâh, et que tu te sépare de l’incroyant. »

(Rapporté par Ahmad (4/357,358,360,363,364) et Tabarâniyy (2/343,356,358). Ce Hadith est confirmé par un autre semblable de Ka’b Ibn ‘Amr. Authentifié par Cheikh Albâni r.a. – Voir « Silsilat oul Ahâdith As Sahihah » – Volume 2 / Page 227)

Il est également rapporté du Prophète (sallallâhou alayhi wa sallam) qu’il a dit:

Ceux qui vivent avec les polythéistes dans leur pays sont désavoués.

(Rapporté par Muh’ammad Ibn Makhlad al-‘Attâr dans son « Muntaqâ », et par Tabarâniyy. Considéré comme « Hassan » (fiable) par Cheikh Albâni dans « Silsilat oul Ahâdith As Sahihah » – Volume 2 / Page 398)

Ces différents Hadiths authentiques semblent indiquer la nécessité et l’obligation pour un musulman qui réside en terre non musulmane d’émigrer en toute situation… C’est, apparemment, ce qu’ont déduit de nombreux savants de ces Hadiths, comme l’affirme Amîr As San’âni r.a. dans son commentaire du « Bouloûgh oul Marâm », intitulé « Souboul ous Salâm ». Néanmoins, cet avis ne fait pas l’unanimité.

En effet, Ibn Hadjar r.a. indique que ces Hadiths n’ont pas une portée générale et absolue. Si c’était le cas, ils se poseraient en contradiction avec d’autres Traditions où il est explicitement mentionné que l’obligation de la « Hidjrah » (émigration) pour le musulman a pris fin avec la libération de Makkah en l’an 8 de l’Hégire… Ainsi, dans son ouvrage « Fath oul Bâriy » (commentaire du « Sahîh Boukhâri »), il cite deux Hadiths:

Le premier est exactement le même que celui qui a été reproduit plus haut et le second a un sens très proche du dernier… Commentant ces Hadiths, il écrit en substance que ceux-ci s’appliquent à celui qui craint pour sa foi et sa condition religieuse

Cette approche est d’ailleurs confirmée par des propos tenus par Aïcha (radhia Allâhou anha), lorsque l’on lui avait posé la question concernant la nécessité d’émigrer (après la libération de Makkah)… Elle avait alors répondu qu’il n’y avait plus de « Hidjrah » (émigration) aujourd’hui et, qu’auparavant, les musulmans devaient émigrer pour protéger leur foi; maintenant qu’Allah avait fait renforcé l’Islam, le croyant pouvait adorer Son Seigneur où il le voulait… (Boukhâri)

Ibn Hadjar r.a. toujours, commentant ces propos de Aïcha (radhia Allâhou anha) écrit que celle-ci a exprimé que la raison d’être (« ‘Illah« ) justifiant l’émigration est la crainte que l’on éprouve pour sa foi et sa religion; la prescription (« Houkm ») dépendant toujours de sa raison d’être (« ‘Illah »), cela signifie qu’à partir du moment où le croyant peut faire l’adoration d’Allah sans crainte, il ne lui est pas nécessaire d’émigrer, et ce, quelque soit l’endroit où il se trouve.

C’est d’ailleurs ces propos de Aïcha (radhia Allâhou anha) qui ont conduit Al Mâwardiy r.a. à affirmer que:

« Lorsqu’on peut manifester (idh-hâr) la religion (musulmane) dans un des pays non musulman (bilâd al koufr), ce lieu devient une terre d’Islam; y résider devient alors préférable que le quitter en raison de l’espoir que sa présence conduise d’autres à l’Islam. »

(Ref: « Fath oul Bâriy » – Volume 6 / Page 39 et Volume 7 / Page 229)

Avant de conclure, j’ajouterai que Ibn Hazm r.a., pour sa part, écrit au sujet des Hadiths qui interdisent au musulman de résider aux côtés des non musulmans que cela concerne les « espaces de guerre » (« Dâr oul Harb »). Néanmoins, il semble que ce propos ne soit pas à prendre comme une condamnation en soi de la vie parmi des non musulmans… C’est plutôt le fait que la présence parmi les non musulmans contribue à augmenter la puissance du « Dâr oul Harb » qui justifierait cette prohibition éventuelle…: en effet, Ibn Hazm r.a. lui-même fait remarquer que le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) avait envoyé des Compagnons (radhia Allâhou anhoum) en tant qu' »Âmil » (agents responsables pour collecter les taxes) à Kheïbar: s’il est vrai que les musulmans avaient gagné la bataille qui s’y était déroulée et que cette terre n’était donc plus un « espace de guerre », il n’en reste pas moins qu’elle était peuplée majoritairement par des juifs.

Enfin, notons que les Compagnons (radhia Allâhou anhou) ont résidé dans une terre majoritairement non musulmane, en l’occurrence l’Abyssinie, jusqu’à sept ans après l’émigration du Prophète (sallallâhou alayhi sallam) à Médine, qui était alors le « Dâr oul Islam » (espace de l’Islam)

Wa Allâhou A’lam !

Dieu est Plus Savant !