Académie Islamique de Fiqh.

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Compte-rendu de la session de 1997

Par: Mufti Taqi Usmani, Juge à la Cour Suprême du Pakistan et Vice-Président de l’Académie Islamique de Fiqh.

Introduction:

Même si la Conférence des Organisations Islamiques (OIC) n’a pas encore résolu avec succès des problèmes majeurs touchant le monde musulman, elle a au moins fourni une plate-forme de discussions permettant de débattre de certains problèmes de la communauté musulmane. La Conférence a aussi permis la création de quelques institutions académiques et économiques, ainsi que des groupes de recherche, actifs dans de nombreux domaines. Une de ces importantes institutions est l’Académie Islamique de Fiqh.

L’idée de créer l’Académie Islamique de Fiqh avait été proposée par le Roi Khalid lors de la réunion de l’OIC au mois de Rabi-oul-Awwal 1401 (Janvier 1981) qui avait eu lieu à Makkah, dans la mosquée Al-Haram. L’idée consistait à former un groupe composé de savants et de juristes du Monde Musulman qui s’intéresserait aux nouveaux problèmes apparaissant dans la société contemporaine et qui proposerait des solutions islamiques à ces problèmes. L’OIC accepta la proposition et l’idée de créer une Académie Islamique de Fiqh fut approuvée. L’année suivante (plus précisément le 22 Août 1982), la conférence des Ministres des Affaires Étrangères Islamiques, se tenant au Nigeria, donna son feu vert à ce sujet, par la publication de plusieurs arrêtés et le Secrétariat de l’OIC reçut les instructions nécessaires pour la formation de l’Académie en respectant les conditions prédéfinies par ces arrêtés. Une nouvelle réunion eut lieu durant le mois de Cha’bân 1403 (Juillet 1983) à Makkah pour la création de l’Académie. De nombreux représentants du monde musulman y participèrent. Elle permit la validation des arrêtés avec, toutefois, certaines modifications. Les textes modifiés furent alors approuvés par l’ensemble des Ministres des Affaires Étrangères Islamiques et l’Académie put enfin voir le jour.

Le secrétaire général de l’Académie Islamique de Fiqh est nommé par le secrétaire général de l’OIC. A cette époque, ce poste était tenu par Habib Shatti et il nomma le Mufti Dr. Habib Balkhouja de Tunis comme secrétaire général de l’Académie. Celui-ci remplit toujours cette fonction à ce jour. On demanda à chaque pays musulman de nommer comme représentant, un expert en affaires islamiques. Une fois nommé par son gouvernement, le représentant ne peut voir son adhésion annulée que par l’Académie. L’auteur de ce présent article est le représentant du Pakistan et il a été vice-président de l’Académie ces six dernières années. La première réunion du conseil général de l’Académie, composée de tous les membres nommés, eut lieu le 26 Safar 1405 (19 Novembre 1984). Dr. Bakr Abu Zaid, d’Arabie Saoudite, y fut nommé président de l’Académie. C’est aussi durant cette première réunion que les décisions concernant le mode de fonctionnement de la nouvelle institution furent prises.

Procédure de fonctionnement:

Le comité de planification de l’Académie sélectionne des sujets de recherches. Une partie de ces sujets est alors envoyée aux membres de l’Académie, ainsi qu’à d’autres experts musulmans, à qui on demande de rédiger, sous forme d’article, un compte rendu sur la question. L’ensemble des articles obtenu est alors distribué à tous les membres pour une première lecture. Durant la réunion annuelle, ces articles sont présentés et discutés librement. Le moindre mot prononcé durant ces discussions est enregistré et publié par la suite. Pour chaque sujet, un comité est crée, ayant pour mission de rédiger une esquisse des résolutions proposées, en fonction des discussions ayant eu lieu. Finalement, cette esquisse des résolutions est présentée à tous les membres lors de la réunion pour d’éventuelles corrections et pour validation.

A ce jour, dix réunions annuelles se sont déroulées conformément à cette procédure. Des résolutions répondant à de nombreux problèmes actuels ont vu le jour lors de ces réunions. Plus important encore, pour chacun des problèmes évoqués, des articles écrits par les plus grand savants du monde musulman ont été rassemblés et publiés. Chaque année, l’Académie édite, dans une collection en plusieurs volumes, ces articles ainsi qu’une transcription écrite complète des discussions ayant eu lieu entre les experts concernés. Jusqu’à présent, 26 volumes ont été publiés, représentant un trésor inestimable pour ceux qui s’intéressent aux problèmes contemporains du Fiqh. Certains sujets couverts par ces publications ainsi que par les résolutions de l’Académie portent sur des problèmes liés aux banques, aux assurances, au marché des changes, aux transactions via les nouveaux moyens de communication, au commerce international, aux transactions financières, à la Zakat, aux « bébés éprouvettes », à la transplantation d’organes, à l’implant de cœurs artificiels et autres techniques médicales modernes.

De plus, l’académie est en train d’élaborer une encyclopédie de Fiqh concernant le domaine de la finance, et une autre regroupant les règles du Fiqh, en collaboration avec d’autres organisations du monde musulman.

Le réunion de 1997:

La réunion s’est tenue du 28 Juin au 3 Juillet. Le Gouverneur de Makkah fut chargé de l’inauguration et environ 125 représentants, venant de tous les bords du monde musulman y ont participé. Trois problèmes discutés lors de cette réunion méritent une attention particulière.

Le Clonage:

Le Clonage (appelé « Istinsakh » en arabe) est un sujet d’actualité très controversé dans le monde entier. Le problème a fait surface après que des expériences réalisées en Ecosse aient permis d’obtenir à partir d’une simple cellule d’agneau, un agneau physiquement identique à l’animal de départ. La question d’un possible clonage de l’être humain fut alors soulevée, même si jusqu’à présent, aucune expérience de ce type n’a été conduite. Le débat mondial porta alors sur l’autorisation ou l’interdiction du clonage humain. Plusieurs pays occidentaux, dont les Etats-Unis, ont interdit cette pratique. Le Pape l’a aussi condamné et a demandé son interdiction légale.
D’un point de vue islamique, deux aspects ont été discutés concernant le clonage.

Premièrement, le clonage remet-il en question d’une manière ou d’une autre les croyances islamiques établissant qu’Allah est le Créateur ?
Deuxièmement, le clonage devrait-il être autorisé ?

L’Académie Islamique de Fiqh contacta d’abord l’Organisation des Médecins Musulmans du Koweït et organisa une conférence préliminaire à Casablanca. Puis la question fut étudiée lors de la réunion annuelle de l’Académie. Les experts médicaux furent aussi invités à la réunion annuelle, afin d’exposer devant l’Académie le processus et les implications du clonage.

Concernant le premier problème, il a été reconnu à l’unanimité que le clonage ne remet en pas question, d’une quelconque façon, les croyances islamique. Allah est le Créateur de l’Univers mais Il a établit un système de cause à effet dans ce monde. Planter une graine dans le sol est la cause, mais Seul Allah peut produire l’effet qui fera de la graine une plante. De même, le clonage est une cause et Seule la Volonté d’Allah fait que le résultat est possible. Aussi vrai que le jardinier qui plante la graine n’est pas le créateur de la plante qui en sort, le biologiste n’est pas le créateur de l’animal issu d’un clonage. Allah Seul est le Créateur et toutes les créations ont lieu par Sa Volonté.
Concernant l’autorisation de cette pratique, la majorité des membres de l’Académie ont conclu, après discussions, que le clonage est permis pour ce qui est des plantes et des animaux, mais qu’il est interdit concernant les êtres humains. L’application des techniques de clonage sur l’être humain créerait en effet des problèmes sociaux et moraux extrêmement complexes et insolvables. C’est pourquoi le clonage humain ne peut pas être autorisé.
Un autre sujet abordé lors de cette réunion annuelle fut l’impact de certaines nouvelles procédures médicales sur le jeûne. Les participants ont ainsi discuté pour savoir quelles sont les procédures qui annulent le jeûne et quelles sont celles qui ne causent aucun problème.

Zabiha (animaux égorgés rituellement):

Le troisième sujet de discussion important portait sur les nouvelles méthodes d’abattage des animaux. Les experts ont essayé de déterminer quelles méthodes sont compatibles avec la Shari’ah et quelles ne le sont pas. Dans beaucoup de pays musulmans, en particulier en Arabie Saoudite et dans les pays du Golfe, la viande est importée de pays non-musulmans. Certains experts ont affirmé que, d’après leur expérience personnelle, les labels « Halâl » (licite) apposés sur ces viandes importées ne sont pas fiables. Les producteurs exportant ces produits à partir des pays non-musulmans ne se soucient pas de respecter les règles de la Shari’ah à ce sujet. Dès lors, l’Académie a lancé un appel aux hommes d’affaires musulmans pour qu’ils s’assurent que les règles de la Shari’ah soient toujours bien respectées avant d’importer de la viande de pays non-musulmans et que des observateurs musulmans connaissant parfaitement les règles concernant la façon d’égorger en Islam soient sur place pour témoigner de la régularité de la pratique. L’Académie a aussi lancé un appel aux gouvernements des pays musulmans pour qu’ils utilisent leurs ambassades situées dans les pays exportateurs afin de vérifier que le label « Halâl » est utilisé uniquement quand des agences islamiques dignes de confiance sur place certifient le statut « Halâl » de la viande.

Courtoisie: Al Balâgh.


Vous pouvez lire ce texte en version anglaise sur le site de « Al Balâgh«