A-t-on le droit d’interdire une chose déclaré licite par Allah

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Question :
J’ai un ami musulman qui s’est laissé influencer par des adeptes d’une religion dans laquelle la consommation de la chair animale est interdite. Depuis, non seulement il refuse de consommer de la viande, mais il est même allé jusqu’à s’interdire cela à soi-même. A-t-il le droit d’agir ainsi ?

Réponse: Allah dit dans le Qour’aane:

« Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines, ainsi que le Christ fils de Marie, comme Seigneurs en dehors d’Allah, alors qu’on ne leur a commandé que d’adorer un Dieu unique. Pas de divinité à part Lui! Gloire à Lui ! Il est au dessus de ce qu’ils (Lui) associent. »

(Sourate At-tawbah- Verset 31)

Une personne de confession catholique (ou israélite) qui lirait ce verset soulèverait immédiatement l’objection suivante: « Mais nous n’avons à aucun moment divinisé les moines (ou les rabbins). Pourquoi donc cette accusation du Coran ? «  Objection légitime à vrai dire, pour quiconque ne connaissant pas le sens réel de ce verset.

En fait, cette objection avait déjà été faite par une personne à l’époque du Prophète (sallallâhou alayhi wa sallam) et c’est justement par la réponse qui avait été fournie par le Prophète (sallallâhou alayhi wa sallam) alors, que nous allons essayer de mieux percevoir le sens de cette parole d’Allah. Il est rapporté dans un Hadith (cité par l’Imam Ahmad r.a., l’Imam Tirmidhi r.a. et Ibné Djarir r.a.) qu’une fois, un chrétien nommé Adiy ibné Hâtim ((radhia allâhou anhou), car il va devenir musulman par la suite) vint trouver le Prophète (sallallâhou alayhi wa sallam) pour en savoir un peu plus sur lui et sur l’Islam. Il se présenta à l’Envoyé d’Allah (sallallâhou alayhi wa sallam) en répétant le verset cité ci-dessus. Tout à coup, il s’adressa au Prophète (sallallâhou alayhi wa sallam) et dit:

« Les chrétiens n’ont jamais adoré les moines et ne les ont pas pris pour seigneurs en dehors de Dieu ! » Le Prophète (sallallâhou alayhi wa sallam) lui répondit: « Bien sûr que si ! Lorsqu’ils (les moines) ont interdit à ces gens (les « Nasâra ») des choses qui étaient licites (de la part de Dieu) et lorsqu’ils ont déclaré licites des choses qui ne l’étaient pas, ils leur ont obéi. Voilà donc comment ils les ont adoré ! « 

En d’autres mots, le Prophète (sallallâhou alayhi wa sallam) a expliqué que le fait de reconnaître à quiconque le droit d’interdire une chose permise par Dieu, ou encore le droit de rendre licite une chose que Dieu à interdit, c’est d’une certaine façon diviniser cet être, et en faire de lui un égal de Dieu. Et cela n’est pas propre aux catholiques ou aux juifs. Un musulman qui se donne le droit , à soi-même ou à une autre personne, de légiférer contre la volonté d’Allah est coupable d’un crime capital…

Par ailleurs, tout comme le fait de rendre licite quelque chose d’interdit par Allah est un très grand péché, de la même façon s’interdire ou interdire aux autres une chose permise par Allah est un péché tout aussi grave. Le Qour’aane est clair sur ce point:

 » Dis: « Qui a interdit la parure d’Allah, qu’Il a produite pour Ses serviteurs, ainsi que les bonnes nourritures ? » Dis: « Elles sont destinées à ceux qui ont la foi, dans cette vie, et exclusivement à eux au Jour de la Résurrection. » Ainsi exposons-nous clairement les versets pour les gens qui savent. »

(Verset 32- Sourate « Al ‘Araf »)

A partir de là, on peut aisément comprendre que personne n’a le droit d’interdire une catégorie de nourriture qui est licite en Islam. Il est rapporté dans les Hadiths qu’une fois, alors que le Prophète (sallallâhou alayhi wa sallam) s’était interdit de lui-même certaines pratiques sans qu’il n’ait reçu de Révélation à ce sujet, Allah lui manifesta sa désapprobation par le verset suivant:

« Ô Prophète ! Pourquoi t’interdis-tu ce qu’Allah t’a rendu licite … ? »

(Sourate 66 / Verset 1)

Il est donc clair que la consommation d’une viande qui répond aux conditions dictées par l’Islam (égorgée selon le rite islamique etc…) ne peut en aucun cas être considérée comme interdite (« Harâm »). Cependant, si une personne ne désire pas en consommer (sans pour autant le considérer comme « Harâm »), pour des raisons de goût ou autres…, il peut tout à fait s’en abstenir.

Wa Allâhou A’lam !

Et Dieu est Plus Savant !